Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Paris, Bertrand Delanoë

Cher Monsieur le Maire,
je suis la maman de deux petites filles de 4 et 9 ans scolarisées dans le 20ème. Si je vous écris cette lettre, c’est parce que j’aimerais vous expliquer pourquoi la réforme des rythmes scolaires provoque autant de réticences chez nous, parents d’élèves parisiens.

dessinromy1Au départ quand j’ai lu le projet, j’étais très séduite. Réformer les rythmes scolaires pour que nos enfants soient moins fatigués en leur faisant pratiquer des activités artistiques, culturelles ou sportives à l’école… très tentant.

Et puis à y regarder de plus près, surtout après avoir écouté les opérationnels qui œuvrent sur le terrain, cette réforme au final, je ne suis pas sûre qu’elle soit assez aboutie, et que son effet positif soit ressenti par nos enfants.

Les rythmes scolaires

Dans cette réforme, les rythmes sont uniquement abordés à la semaine, mais surtout pas à l’année… Si déjà on modifie les rythmes : pourquoi ne pas avoir une démarche globale à l’année ? Je ne vois pas en quoi la réforme proposée aujourd’hui va permettre à nos enfants d’être moins fatigués à long terme puisqu’elle rajoute une demi-journée le mercredi et que les autres jours, nos enfants sortiront à la même heure de l’école en ayant eu une heure de grande collectivité en plus à gérer… Nous y voilà au bas qui blesse…

Ce fameux temps périscolaire

Arrêtons s’il vous plait de faire des comparaisons avec des pays qui comptent deux fois moins d’enfants dans chaque classe ou avec les pays qui ont une politique familiale tellement désastreuse que les femmes renoncent à faire des enfants sous peine de perdre définitivement leur emploi… En France, nous les femmes faisons partie intégrante de l’économie française. C’est un équilibre qui induit que nos enfants ont besoin d’une prise en charge en adéquation avec ce modèle de société. Alors je vais être honnête avec vous Monsieur le Maire. En récupérant mes enfants à 18h quoi qu’il arrive, quel est le scénario que je pense être le meilleur pour que mes filles soient le moins fatiguées ? Si l’actuel n’est pas très probant, je ne vois pas comment mes filles seront moins fatiguées avec des temps de grande collectivité en plus.

Quel personnel qualifié en face de nos enfants ?

En maternelle, ce que ma fille redoute ce n’est pas d’aller en classe, mais le moment du goûter ou tous les enfants sont rassemblés dans une cantine ou un préau très bruyant, avec des animateurs qui crient… Ce goûter récréatif n’est absolument pas à la hauteur des promesses faites. Et vous pensez que je suis favorable à ce que ma fille soit en « mode périscolaire » dès 15h30 plutôt que 16h30 et qu’elle sera de fait moins fatiguée ? Je ne le crois pas, en toute objectivité. En fait, j’en suis sûre. Envisager ce scénario m’effraie complètement…

Quels locaux ? Quelle organisation ?
C’était tentant et facile de penser que les classes seraient disponibles pour accueillir les enfants durant ce fameux temps périscolaire… Oui mais nos enseignants ne travaillent pas seulement 24h par semaine… Ils préparent leurs cours, corrigent leurs copies, rangent leur classe, posent des affiches, des dessins… Leur classe c’est leur lieu de travail. Comment ne pas entendre leur colère quand on prévoit de les en chasser pendant que d’autres enfants investissent les lieux ? Alors où donc va se dérouler ce temps périscolaire dans notre belle école parisienne exiguë au possible ? Aujourd’hui, après avoir assisté à quelques réunions et conseils d’école,  personne n’est en mesure de répondre précisément école par école où vont pouvoir être accueillis les enfants… ni par combien d’animateurs non plus d’ailleurs. Et ce silence est inquiétant. Beaucoup de questions d’organisation restent en suspens, ce qui pose un problème de confiance.

Vous dites « C’est 2013 ou rien. »

J’aimerais vous dire : gagnez notre confiance en 2013 en améliorant déjà ce qui doit l’être : l’affectation de PVP, leur remplacement, la formation des animateurs et surveillants, etc. « Avec des preuves tangibles, nous serons certainement plus confiants et enclin à entériner cette réforme en 2014…

Sauf que cette réforme en fait, je lui trouve beaucoup de défauts :

– Elle rajoute une demi-journée de présence de plus sur la semaine mais pas de temps d’apprentissage supplémentaire !

– Les rythmes scolaires sont uniquement abordés à la semaine et non à l’année

– Elle ne fait aucune distinction entre école maternelle et élémentaire

– Elle est extrêmement complexe et couteuse à mettre en place

– Son financement est assuré (miraculeusement) en 2013, et après ?

– Le projet périscolaire pour une soi-disant égalité des enfants devant des activités artistiques gomme le caractère inégalitaire de cette réforme que les école de province n’auront jamais les moyens de mettre en place.

La priorité en tant que parent, c’est que nos enfants puissent bénéficier de bonnes conditions pour apprendre. Depuis quelques années, notre Ecole Publique s’est vue désossée. La priorité aujourd’hui il me semble c’est de : recréer des postes de remplaçants qui manquent cruellement, de mettre plus de profs que de classes pour permettre aux enfants de travailler régulièrement en petits groupes (parce que les effectifs de classes parisiennes sont surchargés), et de restaurer le RASED qui a été décimé.

Voilà, Monsieur le Maire, le sentiment d’une maman parisienne sur la réforme des rythmes scolaires. Merci de la prendre en considération le jour de votre décision.

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